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27/11/2017

Aller plus loin que la « libération de la parole »

Il suffit parfois d’un seul acte courageux pour changer de monde. À la suite de la première révélation sur les agressions sexuelles à Hollywood, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre et, partout, lèvent le voile sur la violence et le harcèlement contre les femmes. Il faut s’en féliciter. Ces voix ont cette force qui permet de changer en profondeur les mentalités.

Comment ne pas applaudir à la libération de la parole sur une question qui a toujours été au cœur de l’engagement de la Fondation Kering, créée en 2009 pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Quelques voix s’effraient de la « délation » généralisée que constitueraient les hashtags apparus sur les réseaux sociaux à partir de ces révélations. Cette émotion montre, si besoin était, le chemin qui reste à parcourir pour prendre l’exacte mesure de cette injustice doublée d’une injure faite aux femmes. Faut-il le rappeler, une dénonciation n’est pas de la délation. Une femme agressée qui nomme son agresseur ne peut pas, en plus, se voir apposer cette étiquette infâmante de « délatrice ». La situation qui prévaut jusqu’à aujourd’hui, dans la vie réelle, c’est la manière inadaptée dont les femmes sont si souvent accueillies quand elles décident de porter plainte, et qui les pousse la plupart du temps à estimer qu’elles ont plus à perdre qu’à gagner.

Alors, oui, il faut saluer le courage de toutes celles qui ont pris le risque de briser le mutisme dans ce domaine et qui continuent et continueront à le faire.

Mais il faut aller plus loin qu’une approbation de confort. Tout d’abord, en épaulant, bien sûr, les associations qui écoutent, accueillent, soutiennent les victimes et se battent à leurs côtés. C’est là une absolue nécessité. Ensuite, en facilitant les démarches des victimes. Pour que la parole se libère dans le cadre de la plainte, il leur faut le plus souvent passer par des heures d’interrogatoire où sont posées les questions les plus intimes, pour simplement « constituer leur dossier ».

Voilà pourquoi je ne suis pas de l’avis de ceux qui nous murmurent à l’oreille que cette libération de la parole est une revanche, ou un dérivé du combat féministe. Soyons sérieux, ce sujet n’est pas « l’affaire des femmes » mais de la moitié de l’humanité, et par conséquent il nous concerne tous. Cette violence, cet outrage infligés aux femmes sont bien l’affaire des hommes qui ne peuvent pas, ne doivent pas, assister en simples spectateurs à ce qui se passe aujourd’hui. Voilà pourquoi la libération de la parole doit aussi être celle des hommes pour qu’ils reconnaissent clairement l’inanité, l’absurdité de schémas comportementaux dont ils ont hérité.

Ce combat pour l’égalité de la condition humaine ne peut pas se faire sans l’implication des hommes. C’est dans ce cadre que s’inscrit la campagne de la Fondation Kering #ICouldHaveBeen pour mettre fin aux violences faites aux femmes. Sous ce hashtag et à travers la campagne digitale conçue pour cette occasion, il s’agit « simplement » d’inviter les hommes à imaginer ce que serait leur vie s’ils étaient nés femme, en publiant leurs photos avec un prénom féminin. Les utilisateurs des réseaux sociaux découvrant ensuite les statistiques consternantes sur les violences qu’ils pourraient avoir subi au cours de leur existence (une femme sur trois a été ou sera victime de violences au cours de sa vie).

Cette initiative renvoie en partie aux travaux d’une grande anthropologue, Françoise Héritier, qui vient de disparaître et dont tout le monde a salué l’apport majeur. Elle disait avec lucidité : « Nous ne vivons pas la guerre des sexes, mais le fait que les deux sexes sont victimes d'un système de représentation vieux de bien des millénaires. » Nul doute, en effet, qu’il ne revient pas qu'aux femmes de transformer ces représentations et les injonctions qu’elles subissent. Ce travail doit être conduit à parité. Il est temps que les yeux des hommes s’ouvrent et que leur parole se libère aussi afin qu’ils s’attaquent à une vision du monde qui, loin de les grandir, les rapetisse. Alors encore un effort pour, comme le suggérait Françoise Héritier, ne plus penser la relation entre les sexes en termes de supériorité et d’infériorité, mais en termes « de désir et d’amour ».

- François-Henri Pinault,
Président-Directeur général de Kering et Président de la Fondation Kering



Zoom sur
21/09/2017

« Restons vigilants là où les droits des femmes semblaient acquis. Soyons toujours plus actifs là où ils doivent encore être conquis. »

François-Henri Pinault, Président de la Fondation Kering.

 

La Fondation Kering publie son nouveau rapport d’activité et rend hommage aux femmes qui luttent pour sortir des violences, aux associations qui les accompagnent et, aux collaborateurs du Groupe Kering. Grâce à une présentation sobre et des textes concis, mis en lumière notamment par le reportage photographique de Marion Berrin, ce document souligne l'approche de la Fondation Kering, centrée sur le partenariat et la concertation. Que ce soit pour apporter de meilleurs services aux femmes victimes de violences, accompagner des entrepreneurs sociaux porteurs de solutions alternatives ou encore briser le silence, la Fondation cherche à renforcer son impact et faire évoluer les comportements afin de mettre un terme aux violences faites aux femmes.

Téléchargez le rapport d’activité pour découvrir les projets menés par les partenaires de la Fondation Kering et ses campagnes de sensibilisation..

A voir, à lire
18/09/2017

En France, une femme meurt encore tous les trois jours de violences conjugales

En 2016, 123 femmes ont été tuées par leur partenaire selon le rapport publié par le Ministère de l’Intérieur Français au 1er septembre 2017.

Cette étude sur les morts violentes au sein du couple en France démontre que les femmes restent les premières victimes de violences conjugales. 34 hommes ont également été répertoriés. Derrière ces chiffres, ce sont 157 personnes qui ont perdu la vie en 2016, soit 9% de plus qu’en 2015 où l’on recensait alors 144 victimes.
Ce constat fait écho au rapport international des Nations Unies émis en 2015. On notait déjà que deux tiers des victimes de violences conjugales entraînant la mort étaient des femmes.

Un article du journal Libération illustre ces faits du quotidien, ces histoires de vie qui touchent tous les milieux sociaux. Le papier décrit la cause principale du passage à l’acte pour les hommes auteurs d’homicide en France : le refus de la séparation. Ernestine Ronai, Psychologue et Responsable de l'Observatoire des violences envers les femmes en Seine-Saint-Denis, explique ces propos« On ne tue pas sa femme par amour, jamais. On la tue car on ne supporte pas de la perdre, on veut garder son objet ».

Un autre aspect essentiel est également soulevé : les enfants au cœur des violences conjugales.
Bien souvent traumatisés car premiers témoins de ces violences, les enfants sont aussi des victimes collatérales. On dénombre ainsi 25 décès d’enfant en 2016, dont 9 ayant perdu la vie en même temps que leurs mères.

Le centre Hubertine Auclert, centre francilien pour l’égalité homme-femme a présenté ce jeudi 7 Septembre, le rapport « Mieux protéger et accompagner les enfants co-victimes des violences conjugales ». Il préconise un renforcement de l’aide et des moyens apporté aux « femmes victimes et leurs enfants » afin de les encourager à s’exprimer et prévenir les violences.
Cette étude s’appuie dans la démarche du premier plan contre les violences faites aux enfants ainsi que le cinquième plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux femmes, lancés en 2017.

Pour vous informer sur les associations spécialisées, n’hésitez pas à consulter le site de la Fédération Nationale Solidarités Femmes, réseau d'accueil, d'accompagnement et d'hébergement des femmes victimes de violences, ou contactez le 3919 (Appel anonyme et gratuit).


[Sources : RTL, Libération, Le Parisien, Le Figaro]
 



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